Du jour au lendemain : le jour où ma vie a basculé

C’est un grand jour pour moi aujourd’hui : je vais vous partager une épreuve de ma vie, sans doute la plus difficile. Je suis une personne entière et franche, j’aime ou je n’aime pas, mais, j’apprécie le débat et me remettre en question.

Mais, je vais exposer une partie de mon intimité, une mise à nue. Malgré l’image que je renvoie et les épreuves subies avec mes enfants, la pire des meilleures décisions que j’ai prise est de me soigner.

Voici mon récit ….  » Premier janvier 2019, il est midi, la énième crise de panique de l’année. Il a encore passé 4h ce matin à me rassurer. Bienveillant, patient, compréhensif, il est toujours là depuis le début, « il » c’est Sébastien mon mari, mon meilleur ami, mon moi. Je l’ai dit à ma famille à Noël, puis à mes amis de toujours mais les autres je n’y arrive pas, je n’assume pas, je suis dégoutée, j’ai honte de moi, j’ai le sentiment de râter le coche et surtout celui de ne pas avoir à me plaindre. Sauf aujourd’hui j’ai la solution, je le sais, elle est juste là sous mes yeux, sur le bar de notre hôtel…

J’essaye de me souvenir de ce premier janvier 2018, j’étais dans le même état, en crise de panique de nouveau par un problème, pas au même endroit, pas entourée des mêmes personnes, mais il était déjà là. Entourée de personnes que je n’aimais pas le but était de ne pas être seule au passage de la nouvelle année et franchement j’ai été, ce jour là, la personne qu’on me demandait d’être : là, à l’écoute, sachant pertinemment que ces personnes n’en n’avaient rien à faire de ma personne. J’ai fait le vide autour de moi en partant quelques mois plus tard et en pensant à tord que ces filles là étaient la source de mon problème et de mes douleurs. Faux !

J’ai lutté toute l’année, j’ai eu mal, trop mal, tous les jours, toutes les heures, chaque minute, chaque seconde. J’ai vécu ou plutôt survécu dans la peur et dans l’angoisse que tout s’arrête. Et je suis encore là…

Je crois qu’aujourd’hui je vais prendre la décision d’ouvrir une page du livre, j’ai peur d’échouer, j’ai peur que le traitement ne fonctionne pas, j’ai peur de mettre ce comprimé dans ma bouche, j’ai peur de ne pas aller mieux, mais j’arrive au bout de toutes les solutions, je n’ai plus le choix pour avancer, je suis à bout de nerf.

Midi et demi, les garçons sont insouciants, ou pas tant que ça, peut être me le diront ils un jour… Mon bébé finit sa sieste et Sébastien prépare le repas. Je vais prendre mon premier comprimé d’antidépresseur, je vais commencer ce midi car j’ai trop attendu. Je relis le dernier sms de ma soeur de 2018 “Ma soeur, commencer l’année avec les médicaments si tu prends, c’est signe que tu vas prendre soin de toi et que tu vas aller de l’avant. Je t’aime. Je vous aime tous les 5. Bon réveillon”.

L’année 2019 commence maintenant, je suis Emily j’ai 32 ans, je suis maman, je suis malade et aujourd’hui je décide de guérir.

Nous allons repartir direction l’Espagne, dans quelques heures nous bouclerons pour la 7ème fois nos valises pour la Costa Blanca. J’ai promis aux garçons que cette année nous assisterons à l’arrivée des Rois Mages. J’ai longtemps cru que la ville de Valencia allait guérir tous mes maux. La première fois que je l’ai rencontrée il ya 2 ans ½ c’était une évidence, c’était elle. Je l’avais attendue. Le sentiment dès les premières secondes est encore très net : chaleur. Chaleur au sens propre mais surtout chaleur humaine. J’y ai passé les meilleurs moments de ma vie et ressenti une renaissance et que le monde allait s’ouvrir pour moi là bas. Malheureusement quand je me suis rendue compte qu’ici ou là bas le mal revenait j’ai compris que ce n’était pas l’endroit où j’étais qui allait me guérir alors j’ai renoncé à m’y installer. Et pourtant… Je vais passer mon premier mois sous traitement à Valencia car je sais que c’est à cet endroit que je dois être. Elle va m’aider, elle va me soutenir, les personnes que je vais croiser seront les premiers spectateurs de cette nouvelle vie. J’ai hâte de la retrouver.

J’ai demandé à l’homme de ma vie de me réserver un billet d’avion pour ma région dans 28 jours. C’est la date à laquelle je dois revoir mon médecin, mon traitement, ajuster, continuer, stopper… Bref, je ne sais pas ce qui m’attend le 28 janvier mais une chose est sûre j’ai envie de me fixer un premier objectif insupportable pour moi : Monter à bord d’un avion.

Je ne le prendrai sans doute jamais, car même quand je n’étais pas malade je n’ai jamais osé. Mais j’ai envie d’y croire.

Les premiers effets devraient arriver dans quelques jours, aujourd’hui je sais que cela va être dur, je vais passer une semaine chaotique, peut être une des pires de mon existence, je sais que ce ne sera pas miraculeux, que je vais m’effondrer, me relever, j’essaye de prendre cela comme mon challenge de l’année. J’arrête de nier l’évidence, je suis malade et je vais me soigner pour que demain commence aujourd’hui. Bienvenue dans la tête d’une patiente souffrant d’un trouble obsessionnel.

Hier, je l’ai trouvé dur, je me suis sentie humiliée, rabaissée, pas écoutée. Il a utilisé des termes forts qui résonnent encore “vous avez assez essayé toute seule Madame” (Mr K). Cela fait 3 ans que c’est mon médecin traitant, il a toujours fait preuve d’une patience d’ange avec moi, il m’a toujours fait du bien, j’avais hâte de venir le voir pour qu’il me rassure une nouvelle fois, et que je reparte rassurée pour quelques jours. Mais hier il a appuyé là où ça fait mal, le nez dans la merde j’ai dû acquiescer sans broncher sa prescription médicale. Il était accompagné de sa stagiaire, c’est pour ça qu’il a été méchant ? J’avais envie de lui crier dessus que je voulais une nouvelle analyse, que je voulais que ce soit lui qui m’osculte, que je savais encore que ce nouveau symptôme n’était pas normal, que cette fois encore je sentais que c’était grave. Je suis sortie en souriant, dégoutée de ce rdv, ma prescription sous la main. Je crois que finalement il m’a observée avec le recul… Il m’a vu m’enfoncer dans ce sombre trouble petit à petit et revenir à son cabinet à chaque fois avec une nouvelle excuse. Et honnêtement il n’y a que dans quelques jours, mois ou années que je pourrai soit le remercier soit le haïr à tout jamais.

Je suis repartie encore seule face à toutes ces douleurs et comme seule solution à mon problème un anti dépresseur. Mais je ne suis pas folle, je ne suis pas psy, je ne suis pas obsessionnelle comme eux ? Ceux à qui je distribuais les médicaments pendant mes stages infirmiers, derrière ma vitre, et qui venaient faire la queue pour leurs comprimés. Non non non je ne suis pas comme eux, je refuse de prendre ce médicament, je dis à l’homme de ma vie “tu l’achètes mais je ne le prendrai que dans quelques semaines quand la prochaine crise arrivera”. Celle-ci est arrivée dès ce matin, sans crier gare…

Cet après-midi, 3h après la prise du premier comprimé j’ai fait une nouvelle crise de panique, pliée en 2 dans les toilettes j’en suis ressortie dans un état de malaise général, envie de passer par dessus le balcon. Impossible de retrouver la raison. Je ne crois pas pour l’instant que ce traitement va changer ma vie, les douleurs sont réelles, présentes, et gênantes. Pour moi elles sont clairement physiques et pas psychologiques puisque je les vis à chaque instant. Je crois que je n’accepte pas encore ce diagnostic, il est arrivé vite, sans que je m’y attende et il me plonge dans une émotion négative. Ce soir je me couche sans vraiment savoir ce qui m’attend cette année, mais demain nous partons à Valencia, retrouver mon endroit, ma bulle, ma terre d’asile. »

***

Aujourd’hui cela fait jour pour jour 2 mois que je prends ce traitement. Je n’en reviens toujours pas des effets bénéfiques qu’il a apportés à mon quotidien. Je découvre une nouvelle personne, finalement la vraie personne que je suis.

Il est 20H30, je suis à Valencia, je ne suis pas repartie depuis le 1er janvier et quel bonheur! Après 3 semaines de fatigue intense comparables à un lâcher prise total, une sensation d’être défoncée toute la journée avec des nausées redoutables, je retrouve enfin ce que c’est de savourer le moment présent. Je suis passée par toutes les humeurs et toutes les étapes du deuil finalement … Tout d’abord le choc et le déni de fin décembre à début janvier, cela a été le pire moment comme expliqué au dessus. La Colère je l’ai vécue les premiers jours car la prise de conscience de la réalité est d’autant plus difficile en étant infirmière. J’ai peu ressenti les effets de la négociation mais ceux de la dépression oui car la douleur a été très forte aux alentours des 15 jours de traitements mais la libération est arrivée au bout d’un mois de traitement. L’acceptation est survenue cette semaine. Après beaucoup de doutes j’ai reçu ces mots très simples de mon médecin ici en Espagne : « Bravo, vous pouvez être fière de vous »

Je me rends compte que j’étais devenue égoïste et nombriliste à ne me focaliser que sur moi même et j’avais un besoin de me rassurer en étant omniprésente dans la vie de certaines personnes. Or maintenant j’arrive à ne plus me focaliser sur moi même et finalement la vie des autres je n’ai plus le temps, ni l’envie d’y accorder une quelconque importance pour me sentir mieux.

Ce besoin d’être aimée et qu’on me soit reconnaissante ou redevable s’est totalement envolé. Loin de ce brouillard de l’année dernière, j’arrive enfin à prendre des décisions bonnes pour moi et pour ma famille sans me laisser influencer par ce que pense les autres. Après avoir mis au courant mes amis proches, il s’est avéré que tout le monde m’a soutenue (sauf une personne), tout le monde m’a encouragée et surtout aucun d’eux ne m’a jugée d’avoir pris cette décision. Cette acceptation a été le moment le plus chaotique dans la mise en place de ce traitement, et aujourd’hui je n’ai aucun regret et compte bien l’assumer à 200%.

Voici mon bilan personnel face à cette expérience de ma vie et les leçons que j’en tire !
    • Pensez à vous avant de penser aux autres
    • N’ayez pas peur d’aller bien, que cela passe par de l’aide ou non
    • Ecoutez votre petite voix tous les jours
    • Si vous sentez qu’une décision est bonne pour vous ou votre famille, allez jusqu’au bout quoiqu’il arrive
    • Vivez pour vous et apprenez à dire NON ou STOP !

    Emily Knight

    13 réponses sur « Du jour au lendemain : le jour où ma vie a basculé »

    1. bravo ma belle, je suis fière de toi. Je t’aime comme tu es et quelque soit les décisions que tu prendras dans la vie, je serais toujours là quand tu en auras besoin. bisous

      J'aime

    2. Coucou ma belle. Quel témoignage touchant. Bravo à toi, tu peux être fière de toi et tu as une belle famille qui est présente et qui t’entoure et te soutiens. 😘😘😘

      J'aime

    3. Emily que Dieu te restaure et vous bénisse. Il y’aura une fin à toutes ces épreuves je suis confiante! Gros bisous de Morlaix ❤️❤️! Nadia

      J'aime

    4. Tu as bien raison d’avoir tout fait pour aller mieux. Prendrez soin de son intérieur devrait plus nous préoccuper que prendre soin de son extérieur . Comme tu l’as si bien dit, le lâcher prise commence souvent par ce combat interne et cette peur de l’inconnu. Je suis heureuse de te savoir meiyx. Et oui. Le regard des autres, on s’en fiche 😁😁

      J'aime

    5. Wahou quel courage.
      Et c’est super davoir mis des mots et de les avoir écrit ici.
      C’est aussi le début de la guérison!
      Plein de courage.
      Des gros bisous

      J'aime

    6. Wahouuuu je reste sans mot !!! Moi qui te connaît qu’à travers les réseaux, je ne voyais pas ton « mal-être »
      Tout le monde peut sen sortir sil le souhaite et je sais que tu es forte et bien entourée
      En tout cas n’hésite pas si tu as besoin et si je peux t’aider je suis là 😍😍😍😍😍🌹🌹🌹🌹🌹❤❤❤❤❤

      J'aime

    Répondre

    Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

    Logo WordPress.com

    Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

    Photo Google

    Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

    Image Twitter

    Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

    Photo Facebook

    Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

    Connexion à %s